Coalition contre le logement cher
À Montréal, la colère des locataires
Des manifestants réclament un contrôle des loyers et plus de logements sociaux face à une crise qui précarise de plus en plus de ménages.
Tommy Lai a récemment perdu son emploi et s’est retrouvé à devoir vivre en colocation avec des personnes qu’il ne connaît pas, faute de pouvoir se trouver un logement qu’il peut payer seul.
« Les loyers sont inabordables, ça n’a pas d’allure ! », lance-t-il. Son colocataire, qui est le seul à avoir son nom sur le bail, pourrait le mettre à la porte « n’importe quand ». « Je suis menacé de partir, je suis tous les jours dans l’incertitude », laisse-t-il tomber.
Comme de nombreuses autres personnes en situation précaire, il a tenu à prendre part à la manifestation qui s’est déroulée mercredi. Les manifestants se sont regroupés vers 11 h aux abords de la station de métro Assomption, à Montréal.
La manifestation était organisée par la Coalition contre le logement cher, une organisation qui regroupe près de 120 organismes différents.
« Il est plus que temps de mettre un frein à cette flambée des loyers, qui nous appauvrit année après année ! », a lancé Francis Dolan, porte-parole pour le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), sous les acclamations de la foule.
Les manifestants réclament notamment un contrôle des loyers, un financement massif du logement social et la reconnaissance formelle du droit au logement dans la Charte des droits et libertés.
« C’est vraiment une réussite ! », s’est félicitée Véronique Laflamme, porte-parole nationale du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). « Les gens sont scandalisés de voir le droit à un logement convenable, que le gouvernement du Québec s’est pourtant engagé à protéger, être bafoué pour autant de personnes. »
Les manifestants se sont dirigés vers le Tribunal administratif du logement (TAL), en scandant des slogans comme « Les loyers explosent, un contrôle s’impose ! », « Locataires en colère, locataires solidaires ! » ou encore « L’été nous fait suer, il faut geler les loyers ! ».
Certains sont arrivés à bord d’un camion de déménagement pour décharger des meubles juste devant les bureaux du TAL : un canapé, une commode, des tables, des chaises, un matelas, une laveuse, une cuisinière…
PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE
Entre deux slogans, les organisateurs rappelaient aux manifestants de bien s’hydrater, les températures s’élevant alors à 33 °C.
Samuel Blais, lui, est travailleur, mais son loyer est rendu « hors de prix ». Il estime qu’il « arrive à s’en sortir » malgré tout, mais il doit quand même partager son logement, un 4 1/2 à 1700 $ par mois, avec deux autres colocataires.
« Ce n’est pas éthique de faire des profits sur la vie des gens », soupire-t-il.
Un avis partagé par Dominique Robert. Celle-ci vit dans une tour à logements, au centre-ville de Montréal, depuis 25 ans. Elle refuse systématiquement les augmentations de loyer depuis quelques années, mais les nouveaux locataires, eux, peinent à payer les loyers, qui ont explosé. Dans son immeuble des années 1970, « un 3 1/2, c’est rendu 1400, 1700, 1800 $ », souligne-t-elle.
« Souvent, ce sont des personnes seules, âgées, issues de l’immigration… Comment font-elles ? », s’insurge-t-elle.