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Au-delà du référendum et de Trump, les partis doivent répondre aux crises des infrastructures, de la santé, de l’école et de l’itinérance.
Je n’ai qu’une seule demande, pour les 39 jours de campagne à venir.
Que cette campagne ne soit pas dominée exclusivement par un troisième référendum et par la menace Trump.
Est-ce possible ?
Je pose la question parce que notre demi-pays a des problèmes récurrents, qui ne se règlent pas, malgré les promesses électorales au fil des années, au fil des décennies.
D’abord, le Québec tombe en ruine : le déficit de maintien des actifs, selon la formule poético-bureaucratique décrivant les sommes nécessaires pour réparer les écoles, les hôpitaux, les routes, les canalisations d’eau et les viaducs, s’élève – pour la province et les villes – à 100 milliards.
Pour vous donner un ordre de grandeur, le budget total de l’État québécois est de 166 milliards et des poussières.
Je sais que ce débat est moins sexy que le port du hijab par les éducatrices en service de garde, mais il est capital.
Un flash : des fois, des gens meurent à cause de ces infrastructures qui s’effritent. Le Journal de Montréal parlait cette semaine d’un motocycliste mort en tentant d’éviter un nid-de-poule.
J’aimerais entendre parler des infrastructures en campagne électorale. Les caquistes vont dire : « On en a fait plus que le gouvernement précédent… » Et c’est vrai. Mais c’est pas assez ! Alors, c’est quoi le plan, pour faire atterrir nos infrastructures au XXIe siècle ?
Santé : l’accès à un médecin, aux urgences et à une opération dans des délais humains est toujours une catastrophe au Québec après huit ans de gouvernance caquiste, comme elle le fut avec les libéraux et avec les péquistes, depuis minimum 30 ans.
C’est quoi le plan pour soigner le réseau de la santé ?
Nos écoles manquent de profs, malgré les hausses de salaire. Les élèves en difficulté n’ont toujours pas accès en nombre suffisant à des orthopédagogues et à des orthophonistes, qui préfèrent pratiquer au privé, souvent à cause de trahisons du réseau public à leur égard.
Un flash : les finissants du secondaire arrivent au cégep avec de grandes difficultés de lecture et d’écriture. Ça force les profs de littérature à enseigner non pas la littérature, mais la grammaire et la compréhension de texte… Après 12 ans de scolarité.
C’est quoi le plan de réussite pour l’école québécoise ?
J’ajoute une deuxième demande pour les partis…
De grâce, ne nous faites pas le coup du « Nous, on va mieux gérer l’argent des Québécois », ça fait 40 ans qu’on l’entend.
Si ça se faisait, on le saurait.
Il y a sans doute lieu d’optimiser les budgets nationaux, mais « mieux gérer l’État » ne dégagera pas les dizaines de milliards annuels qu’il faut injecter « seulement » pour réparer les infrastructures qui tombent en ruine.
Je poursuis les suggestions d’enjeux qui doivent faire l’objet de débat dans les cinq semaines de campagne à venir…
Itinérance : des milliers de Québécois vivent dans la rue. C’est une honte nationale, un échec social, un désastre politique. C’est un phénomène qui s’est enraciné partout au Québec, ce n’est plus un désastre uniquement montréalais.
C’est d’abord une souffrance terrible pour ceux qui vivent dans une tente ou sous un toit de carton. C’est une source d’irritation majeure pour les voisins des campements. Un tas de variables expliquent l’explosion de l’itinérance, la plus importante étant la disparition des logements abordables.
Alors, c’est quoi le plan pour limiter au maximum le nombre de personnes qui dérivent vers la rue ? C’est quoi le plan pour sortir le maximum de Québécois de la rue ?
Culture : ce petit bout d’Amérique qu’est le Québec est unique par sa langue et sa culture françaises. Nous sommes entourés d’un océan culturel hégémonique anglophone qui produit de séduisants tsunamis de contenu culturel américain déclenchés par les mouvements de ces plaques tectoniques que sont les plateformes de la Big Tech…
Pour que notre imaginaire résonne encore longtemps en français, avec des mots, des images et des histoires made in Québec, c’est quoi le plan ?
Trente-neuf jours de campagne ne peuvent pas porter uniquement sur un troisième-éventuel-potentiel-hypothétique référendum et sur la réponse à opposer à Trump…
Pour le référendum, on connaît la réponse : il y en aura probablement un si le Parti québécois est élu majoritaire.
Pour Trump, on connaît aussi la réponse : le Québec a un arsenal d’outils modeste, qui doit suppléer celui du fédéral, plus imposant.
Alors, pas 39 jours de Trump-référendum. Trump-référendum, rincez et répétez, Trump-référendum, Trump…
Pitié, pas ça.